Cemeteries of the Great War by Sir E.Lutyens

Paru en 2010

L'œuvre d'Edwin Lutyens réside dans les édifices et les cimetières qu'il nous a laissés. Son héritage littéraire est quasi inexistant hormis sa correspondance, éditée sous le titre Letters to His Wife.[1] Malheureusement celle-ci ne nous renseigne pas beaucoup sur sa participation à l'édification des cimetières. Cependant sa lettre du 12 juillet 1917 est précieuse car elle nous livre son ressenti, chargé d'émotion, face au spectacle du champ de bataille de la Somme. L'idée de ne pas construire de cimetières et de laisser les corps là où ils ont été enterrés n'est pas isolée. De la même manière que Winston Churchill souhaitera que les ruines d'Ypres restent telles quelles après la guerre, un certain nombre de combattants ou de visiteurs ont envisagé la possibilité d'un immense mémorial qui aurait les dimensions mêmes de la zone des combats. Quand le directeur des Jardins Botaniques Royaux de Kew envoie son assistant, Arthur Hill, pour établir un état des lieux, celui-ci aura d'emblée un sentiment semblable à celui exprimée par Lutyens :
« L’ensemble de cette région meurtrie, ravagée par les trous d’obus, est transfiguré par les coquelicots, qui donnent au paysage une beauté qu’aucun mot ne peut exprimer. Imaginez-vous un immense paysage vallonné, où domine une pourpre éclatante que ne vient interrompre aucun arbre et aucune haie, avec çà et là de longues traînées de camomille blanche et des taches de moutarde sauvage, le tout ponctué de croix blanches. Le plus beau des cimetières n’arrivera jamais à évoquer la sensation qui vous étreint à la vue de ce paysage ». [2]
Conscient que le souhait de ne pas déplacer les tombes provisoires est partagé par un nombre non négligeable de Britanniques, Fabian Ware, le directeur de la Commission des Sépultures, explique aux parties concernées qu'il est irréalisable. L'entretien d'un vaste ensemble de tombes disséminées dans le paysage serait impossible à gérer, sans parler des contraintes qui seraient imposées aux agriculteurs français au lendemain de la guerre. La plupart des sépultures éparses sera donc regroupées dans les cimetières conçus par la commission, auxquels  Edwin Lutyens contribuera pour une large part.

[1] The Letters of Edwin Lutyens to his wife lady Emily, Edited by Clayre Percy & Jane Ridley, Collins, 1985
[2] Empires of the Dead: How One Man’s Vision Led to the Creation of WWI’s War Graves, David Crane, 2014, (Chap. 5, The imperial War Grave Commission)