Nous autres à Vauquois

Paru en 1918

« Mes amis, au bout d’un an, et de trois ans, je vis encore à toute heure avec vous ; et vous ne savez pas. Je deviendrai vieux, avec vous qui serez jeunes. »[1]

Dans « La Mort », le dernier chapitre du livre, André Pézard rend hommage à ses amis, un hommage douloureux, empreint de nostalgie et de mélancolie, à ses camarades de fortune.
A ces simples mots, on comprend toute la difficulté pour l’auteur de laisser cette « pauvre guerre »[2] et les amitiés qui en sont nées derrière lui. L’esprit de camaraderie est central dans l’œuvre d’André Pézard, comme le souligne l’utilisation du pluriel exclusif « nous autres » dans le titre de l’ouvrage. « Nous autres » accentue ce sentiment de communauté ressenti par l’auteur, et par opposition, renvoie au pronom « vous », autrement dit, ceux de l’arrière, ceux qui n’ont pas connu le front. Il rappelle ainsi la difficulté d’exprimer une guerre de l’ordre de l’indicible.
Cette guerre, il n’en parlera jamais à ses proches. Il la livrera par écrit, d’après le journal qu’il tenait quotidiennement.
Nous autres à Vauquois, écrit dans le vif en 1917 et publié en 1918,  évoque l’expérience combattante d’un homme hanté par la guerre et les horreurs vécues  depuis son arrivée à Vauquois en janvier 1915, jusqu’à sa blessure dans la Somme, au bois Marrières, le 20 septembre 1916.
Après l’Argonne, c’est dans la Somme qu’André Pézard va connaitre la plus douloureuse des blessures. Après les souffrances des tranchées et l’enfer des champs de bataille, il évoque dans « La mort » l’atroce perte de ses amis.

[1] André Pézard, Nous Autres à Vauquois, La Table Ronde,  2016, première édition en 1918, chez La Renaissance du Livre, p.282.
[2] Ibid.