Un jour, la destruction fondit du ciel comme un dragon rugissant et s'abattit sur la ville

Borden Mary

AUTOUR DE THIEPVAL

Mary Borden

Oh, la pauvre Vierge !
Du Ciel, elle se jette sur nous,
De la haute tour, elle plonge
L'enfant dans ses bras.
Regardez et retenez votre souffle, observez le terrible geste, le désespoir divin,
Sa silhouette d'or qui se précipite tête baissée
La carcasse rouge de la basilique en est bouche bée
Mais le squelette meurtri du clocher la retient
Au-dessus de la ville en ruines.
Elle plonge.
Les bras tendus au-dessus de la tête,
Agrippant l'enfant de ses terribles et longues mains,
Elle plonge.

Elle veut précipiter l'enfant sur le pavé des rues abandonnées.
Car elle a été trahie.
Dieu l'a trahie.
Quelle pitié !
Oh, la terrible créature, sans espoir !
Elle a cru en Dieu,
Et son peuple de fidèles la vénérait.
Mère de toute compassion,
Elle intercédait auprès de Dieu et de sa colère.
Car elle a cru en l'amour divin.
Dominant le ciel de la ville,
Au-dessus des sombres masures de son peuple meurtri,
Elle se dressait, offrant son enfant à Dieu.
Pendant des siècles, dans l'amour et l'humilité ;
Et parce que Dieu l'avait choisie et lui avait donné un enfant,
Parce qu'elle avait porté cet enfant pour lui,
Elle a cru qu'il serait bon pour son peuple.
Un jour, la destruction fondit du ciel comme un dragon rugissant et s'abattit sur la ville.
De l'horizon mystérieux, d'invisibles monstres vinrent brailler à ses oreilles.

Par nuées entières, invisibles, comme des vautours fondant sur une carcasse, ailes d'acier déployées,
Ils se sont abattus sur la ville.
Se débattant sous leurs griffes,
Les maisons chancelèrent, les rues se crevassèrent.
Humble et douce, immobile, offrant son enfant au ciel, la Vierge regardait de son clocher.
Elle regardait les maisons vomir,
et tituber comme des ivrognes ;
Elle regardait les gens fuir dans les rues brisées avec leurs petits trésors entassés sur une charrette;
Elle regardait ces charrettes qu'enterraient les bombes avec les chevaux, les lits, les matelas et les poulets en cage.
Elle entendait les femmes et les enfants hurler ;
Et les plaintes des chevaux, et les meuglements des vaches et les couinements des cochons dans les étables et les granges en feu.
Désemparée, loin au-dessus d'eux, prisonnière d'un ciel en furie,
Liée à un piédestal que soutenait à peine le clocher mutilé,
Elle continuait d'offrir son enfant à Dieu pendant que le peuple de ses fidèles l'implorait.
Aujourd'hui, la ville est déserte.
Tous sont partis.
Les maisons sans toits et les édifices abattus sont autant de grimaces adressées à la Vierge.
Les foyers où elle était autrefois vénérée ne sont plus que des ruines vides.
Béante, l'église n'est plus que laideur.
Un tas de débris a remplacé l'autel.
L'abside à ciel ouvert est encombrée de pierres en tas, le vent et la pluie y ajoutent chaque jour un peu plus de confusion.
Oh, la pauvre Vierge !
On l'a abandonnée;
On l'a trahie.
Dieu l'a trahie.
Elle se lance du Ciel avec son enfant agrippé de ses terribles et longues mains
Elle plonge ;
Mais elle est retenue.
Un désespoir opiniâtre l'immobilise.
Quelque chose la maintient suspendue dans l'angoisse.
Arrêtée dans sa chute, elle reste là, en équilibre.
Le moment suprême de l'intolérable agonie se fige devant nous, pour toujours, sur fond de ciel.
Oh, la pauvre Vierge!

 

Extraits d'oeuvres - Mary Borden

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