Péronne s'avéra un os difficile à ronger.

Downing Walter Hubert

HAUTS-LIEUX DE MÉMOIRE

Walter Hubert Downing

Péronne s'avéra un os difficile à ronger. Face à nous, la ville était protégée par de hauts remparts, une citadelle et une rivière. A droite s'étalait un grand marais, dont un bras encerclait en partie la ville ; à gauche se dressaient les hauteurs du mont Saint-Quentin ; derrière, des collines boisées, des remparts et des douves, larges et profondes, protégeaient l'autre côté de la ville. Parmi les marais, à gauche, se trouvait le village de Doingt. L'ensemble du secteur était tenu par des divisions de volontaires en provenance de toutes les armées allemandes, qui avaient choisi "d'en découdre avec les Australiens".
Forts de ce qu'ils avaient vécu sur place en 1916, les experts français prétendaient que la rivière ne pouvait pas être franchie en moins d'un mois. Les Anglais estimaient qu'une quinzaine de jours suffisait. Les Australiens furent de l'autre côté en trois jours et trois jours plus tard ils s'étaient emparé de l'ensemble des positions. Après le succès de la première division, qui avait délogé les Allemands de leur ligne fortifiée, il fut facile pour les brigades avancées des 2e et 5e divisions de pousser l'ennemi vers la barre transversale de la potence, c'est-à-dire à l'endroit où la rivière traverse Péronne, où pendant quelque temps il faillit se retrouver coincé. En l'absence d'un nombre suffisant de ponts larges, toute armée était en effet dans l'incapacité de se replier rapidement, ce dont nous devions nous rendre compte ultérieurement à nos dépens.
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Il n'y avait pas moyen de traverser la rivière, car tous les ponts avaient sauté. Sur toute sa longueur, la vallée était sous l'observation directe de l'artillerie allemande. Le cours d'eau vif et profond coulait devant nous entre ses rives hautes. Au-delà s'étalaient de vastes marais envasés, d'une profondeur de trois mètres, recouverts de roseaux et de hautes herbes à travers lesquelles aucun nageur ni aucune embarcation ne pouvait se frayer un passage. Leur largeur oscillait entre 500 et 800 mètres. La rive opposée fourmillait de mitrailleuses. Les collines boisées situées derrière dissimulaient de nombreuses batteries qui tiraient sur tout ce qui bougeait dans nos tranchées.
Plus d'une fois, nous essayâmes de traverser la rivière. Si nous avions réussi, la bataille du mont Saint-Quentin n'aurait peut-être pas été nécessaire. Mais nos hommes du génie étaient incapables de jeter des ponts couvrant une distance aussi grande sous une telle pluie d'obus. Il est vrai que nous découvrîmes quelques pistes en caillebottis d'une trentaine de centimètres de large qui reposaient sur de hauts chevalets, mais elles s'avérèrent des pièges mortels. Plusieurs patrouilles qui pataugeaient çà et là dans le marécage les empruntèrent parmi la haute végétation mais se retrouvèrent à chaque fois sous le feu d'une mitrailleuse qui balayait la piste à bout pourtant. Des actions héroïques, mais futiles, furent menées pour avancer à tout prix ou braver les balles afin de venir en aide à des camarades blessés sur les planches, dont le corps pendait à moitié dans l'eau. C'était s'exposer à une mort certaine : les hommes tombaient comme des mouches sur ces pistes étroites et brinquebalantes ou étaient précipités dans le marais. Ils s'y noyaient tandis que les balles faisaient jaillir des gerbes d'eau ou fendaient les caillebottis. C'était une affaire sans issue.

Extraits d'oeuvres - Walter Hubert Downing

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