Le "East Surrey Regiment" s'offrit une fantaisie héroïque.

Breyer Victor

HAUTS-LIEUX DE MÉMOIRE

Victor Breyer

Parmi les innombrables trophées du conflit mondial, il en est sans doute peu d’aussi typiquement curieux que le ballon de football actuellement exposé dans la salle d’honneur des casernes de Kingston, près de Londres. Cette sphère de caoutchouc enveloppée de cuir a joué brillamment son rôle inconscient dans une aventure dont l’équivalent ne se rencontre pas dans les annales guerrières. A l’époque, quelques-uns de nos journaux en avaient reproduit le récit, d’après les confrères d’outre-Manche. Mais – avouons-le sincèrement – la plupart d’entre nous, attribuant la soi-disant anecdote à l’imagination trop fertile d’un reporter en mal de copie, ne l’avaient accueillie qu’avec le légendaire grain de sel. Or, je puis en donner ici la formelle assurance, tout y était d’une rigoureuse exactitude.
Ce fait de guerre est d’une simplicité magnifique. A l’aube du 1er juillet 1916, quand l’armée anglaise dans la Somme, en liaison sur sa droite avec nos troupes, déclencha la grande offensive, une des compagnies du 8e bataillon du « East Surrey Regiment » s’offrit une fantaisie héroïque. Sous la direction de son chef, le capitaine Nevill, la compagnie partit à l’assaut en poussant le fameux ballon devant elle. Debout sur le parapet, le capitaine, à la minute fixée par le haut commandement, donna le coup d’envoi de ce match peu banal, et ses hommes électrisés par l’exemple, « dribblèrent » la balle jusqu’aux lignes allemandes, exactement comme s’il s’agissait de la rentrer dans le filet du camp adverse. Nombreux furent les participants de l’extraordinaire tournoi qui tombèrent en route.
Hélàs ! Il en manquait pourtant, ces camarades, et plus d’un est tombé qui n’a jamais rejoint !
… mais chaque équipier trouvait un remplaçant, et le ballon précéda les hommes du « East Surrey Regiment » jusque dans la tranchée ennemie. Quelques minutes plus tard, les glorieux footballers du capitaine Nevill portaient la balle, désormais historique, en triomphe. J’ai tenu à écrire cet épisode, parce qu’il me semble symboliser à merveille le rôle prépondérant qu’auront assumé les sportsmen dans le gigantesque conflit. Ceux qui en écriront l’histoire leur rendront justice, n’en doutez pas. Nul besoin cependant d’attendre, pour proclamer que la pratique du sport aura été le plus utile adjuvant du combattant. Ceux qui n’en seraient pas convaincus le deviendront après une simple lecture des listes de citations, de morts et de blessés. Palmarès à la fois douloureux et réconfortants aux cœurs sportifs…



 

Extraits d'oeuvres - Victor Breyer

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